CLAIR
2023 . 60 x 80 cm


Connaissez-vous Monsieur René Leynaud ?
A travers ce portrait, l’artiste a voulu faire un éloge à cet homme qui a marqué des vies et peut-être en a sauvé d’autres.
Monsieur René Leynaud est né le 24 août 1910 dans le cinquième arrondissement de Lyon.
En 1933, il devient journaliste au Progrès. Durant la guerre, en septembre 1939, il est mobilisé et combat en Lorraine, puis en Belgique. Dès le début de 1942, il entre en contact avec les groupes de résistance et devient sous le pseudonyme de Clair, le chef régional du mouvement Combat à Lyon, ainsi que le dirigeant local du comité national des journalistes clandestins.
Le 16 mai 1944, il a été arrêté par des miliciens, place Bellecour. Portant des documents clandestins, il a tenté de fuir, mais une rafale de balles, tirée dans les jambes le blessa. Après un court séjour à l’hôpital, il se retrouva au fort de Montluc où il devait rester incarcéré jusqu’au 13 juin 1944. Pendant ce temps, ses amis ont tout tenté pour le faire sortir, en vain.
Le matin du 13 juin, les Allemands embarquèrent dix-neuf prisonniers dont le rôle dans la résistance était jugé important. René Leynaud et ses camarades furent emmenés à l’hôtel de la Gestapo, situé place Bellecour ; après une attente dans les caves, on les fit monter à nouveau dans un camion avec des soldats allemands, armés de mitraillettes. A la sortie de Villeneuve, face à un petit-bois de peupliers, les prisonniers furent tous abattus. René Leynaud avait trente-quatre ans.
A travers cette œuvre, Maïe Alexandre a souhaité mettre en avant la vie courte et dure que cet homme a subi.
En réalisant ce portrait qu’elle a ensuite découpé, elle met en parallèle la fragilité du papier avec la vulnérabilité d’une vie.
Grâce aux jeux de lumière, l’ombre du découpage apparaît, c’est comme si Monsieur Leynaud ressuscitait pour nous raconter son histoire et pourquoi pas nous lire ses poèmes. Car ce n’était pas qu’un journaliste, sa verve mélodieuse et poétique, enchante et nous transporte dans des lointaines contrées ; comme ses poèmes chinois qu’il s’est amusés à écrire.
Après sa mort, ses amis ont pu découvrir ou redécouvrir ses manuscrits ; des proses inachevées ; des idées raturées ; des longs essais qu’il avait écrit sur des cahiers d’écolier. En prenant le temps d’observer le tableau, vous découvrirez justement des strophes écrites en gris clair.
L’artiste s’est amusée à entrelacer deux poèmes, qu’elle a effacé, rendant à certains endroits le fond brouillon, légèrement taché. Si vous regardez plus en profondeur vous y verrez les lignes rappelant les cahiers.
Il est possible de vous entretenir avec ce personnage, car même si une personne est partie, lire ses écrits nous rapproche d’elle.
Plusieurs livres « Poésies Posthumes » et « Le Poème inachevé » furent écrits et publiés par ses amis. Dans le premier ouvrage, Albert Camus, écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste et journaliste français ; son ami le plus cher ; nous raconte son histoire.
Dans la préface, il note que publier ce recueil, c’est accomplir « justement le devoir de l’amitié qui est de prolonger cette vie, autant qu’il est possible », et aussi qu’il n’a « pas connu un seul être qui, l’aimant, ne l’aimât pas de toutes ses forces » Dans une lettre, il avoua « Il était ce que j’ai connu de meilleur et de plus pur » Voici de magnifiques hommages, ne trouvez-vous pas ?
Monsieur René LEYNAUD était un journaliste, un artiste, poète au grand cœur, père et mari aimant, « il était tout entier dans ce qu’il faisait. Il n’a jamais rien marchandé et c’est pourquoi il a été assassiné ».

